Artiste : Eric Le Lann & Jean Marie Ecay
Label : Nocturne
Année : mai 2005
http://www.ericlelann.com
http://perso.wanadoo.fr/ecayjm/
Deux merveilleux artistes. Simples comme bonjour et dotés d'une virtuosité instrumentale, mélodique exceptionnelle.
Une intelligence du jeu, une parfaite symbiose se dégage de ce tamdem de choc : pour le plus grand plaisir des oreilles et .... des yeux lorsque le bonheur de les voir jouer ensemble se présente.
Les deux compères se trouvent et se complètent dans cet hommage :
Magnifique !
PLAY JOBIM
Né en Bretagne en 1957, il s'installe à Paris en 1977 où il débute sa carrière professionnelle. Il obtient en1979, le 1er prix du concours national de Jazz à la Défense à Paris...
Il se produit dès 1980 dans le quintette de René URTREGER aux côtés de Jean-François JENNY-CLARKE, Aldo ROMANO et Jean Louis CHAUTEMPS, ainsi qu'avec le quartet d'Henri TEXIER avec Bernard LUBAT à la batterie.
Il fait une série de concerts avec Pepper ADAMS en 1981 puis intègre le onztet de Patrice CARATINI ainsi que le big band de Martial SOLAL au sein duquel il participe à de nombreux festivals européens ( La Haye, Prague, Pori, Montreux, Berlin).
Il monte ensuite son propre quartet avec André CECCARELLI, Césarius ALVIM et Olivier HUTMAN en 1982, l'année suivante il obtient le prix "Django Reinhardt" décerné par l'académie du Jazz et participe au festival des radios européennes à Stockholm. Il se joint au trio TEXIER, JEANNEAU, HUMAIR lors d'une tournée en Inde.
La suite ...

Madajazzcar 2004
Lyrique à l'acoustique, fulgurant en électrique, le guitariste Jean-Marie Ecay a subjugué le public de l'AFT, jeudi dernier. De grands moments de musique.
L'affaire commençe plutôt mal. A 19h, moment prévu pour le début du concert, à l'Alliance française de Tana, à Andavamamba, les lumières s'éteignent tout d'un coup : plus d'électricité. Les délestages de la Jirama, on a beau être prévenus, on ne s'y habituera jamais, et c'est toujours aussi désagréable de se retrouver brusquement dans le noir !
Les responsables des lieux ont bien prévu un groupe électrogène pour ce genre d'incident, mais qui ne changea rien à la situation, le nouveau matériel de sonorisation fraîchement acquis par l'établissement, et auquel les techniciens ne sont pas encore familiers, selon les explications du directeur de l'AFT, présentant quelques incompatibilités avec l'appareil.
A la lumière des lampes de secours allumées dans la salle, l'on voit Jean-Marie Ecay s'avancer en direction d'un micro, une guitare acoustique à la main. Brave Jean-Marie qui compatit au sort de son public ! Car le guitariste a bien la noble intention de rendre l'attente moins pénible aux spectateurs, lesquels sont venus nombreux. Hélas, un bref essai sur les micros, qui demeurent désespérément silencieux, coupe court à cette initiative fort louable ! Impuissant, Jean-Marie Ecay ne peut que rebrousser chemin. Décidément, le courant a bien du mal à passer !
Une dizaine de minutes plus tard, pourtant, et sans crier gare, la sono se fait de nouveau entendre. Les lumières principales étant toujours éteintes, l'on devine aisément que la Jirama n'y est encore pour rien, et que ce sont les problèmes entre la sono et le groupe électrogène qui, apparemment, viennent d'être résolus. Quoi qu'il en soit, le concert peut commencer, comme l'annoncent effectivement ensemble le directeur de l'AFT et le président du comité d'organisation de Madajazzcar.
Echeveaux sonores
Jean-Marie Ecay revient toujours tout seul, avec sa guitare acoustique, et attaque tout de suite par… un blues, mais un blues aux accents mi-gitan, mi-latino, dus peut-être à la sonorité si particulière des cordes en nylon. D'ailleurs, dans le même morceau, le guitariste abordera plusieurs styles différents, passant de l'un à l'autre avec une désinvolture naturelle, un aperçu plus qu'alléchant de ce qu'il nous proposera par la suite. Les connaisseurs notent d'ores et déjà la délicatesse et la fluidité du toucher, et les doigts, alliant vitesse et précision avec une aisance insolente, qui démêlent sans problème les écheveaux sonores les plus complexes. Aucun doute possible : on a vraiment affaire, là, à un musicien au savoir-faire peu commun.
Le deuxième morceau, toujours sur la guitare acoustique, permettra à Jean-Marie Ecay d'introduire les trois Solomiral qui l'accompagnent pour ce concert. Dès que les trois frères font sonner leurs instruments, la basse pour Fanaiky, le clavier pour Rivo et la batterie pour Mendrika, impérial, l'on se rend compte que la musique vient de franchir un palier supplémentaire et ouvrir de nouvelles portes.
Pourtant, ils ne sont pas peu nombreux ceux qui, dans la salle, ont hâte que Jean-Marie Ecay en finisse avec sa partie acoustique. Ceux-là ont dû pousser un soupir de soulagement en voyant Jean-Marie Ecay poser (enfin) sa guitare acoustique pour empoigner sa Gibson électrique, qui, hélas, lui sera volé quelques heures plus tard !
Le swing entêtant
Effectivement, à partir de ce moment, les choses se précisent, s'accélèrent aussi. Entre les mains du Maître, la guitare se permet tout. Elle s'emballe furieusement, rue, hurle de rage et de plaisir, se tord dans de somptueuses convulsions, dans une folie électrique parfaitement maîtrisée. L'auditeur atteint le nirvana au cours de l'interprétation d'un standard de Thelonius Monk, dans une version méconnaissable, passée au turbo et au rouleau compresseur, un jazz-rock fulgurant à la limite du heavy metal, mais toujours avec ce swing entêtant malgré un surmixage de la batterie de Mendrika.
La suite réservera encore nombre de moments tout aussi enchanteurs, tant en électrique qu'en acoustique, avec notamment, dans ce dernier registre, une très belle version instrumentale de "Bras dessous, bras dessus", la chanson qu'il composa pour Claude Nougaro, révélant tout le lyrisme dont est capable le guitariste.
Pas de grosses surprises, en revanche, avec le passage, désormais obligé, de ses potes invités, dont un Jacquis Ralph devenu très timide à côté de son ami français. Trop impressionné, Jacquis ?
En tout cas, Jean-Marie Ecay vient de marquer de son empreinte ce Madajazzcar-ci.
En sortant, le spectateur a du mal à se débarrasser des étoiles qui dansent encore devant ses yeux. Et la fraîche nuit tananarivienne qui l'accueille au dehors n'y est pour rien.
Andry